Le nom de Karl Lagerfeld évoque d’abord la mode, mais son regard sur la photographie a marqué l’image contemporaine. Créateur visionnaire, il a mené une double carrière où l’appareil photo n’était jamais loin du crayon à croquis. Lagerfeld photographe, c’est une œuvre dense : portraits noir et blanc, séries pour Chanel, collaborations éditoriales, livres photo et expositions internationales. Je décortique ici son parcours photographique, ses influences, ses techniques, ses grands livres et l’empreinte qu’il laisse dans la photographie de mode et d’art. En chemin, je vous livre des analyses d’œuvres majeures et l’avis de spécialistes, en croisant mon expérience de photographe sur scène avec ce géant de l’image.




Karl Lagerfeld photographe : genèse d’une passion
- Premiers pas : Karl Lagerfeld naît à Hambourg en 1933, dans une famille cultivée. Son rapport à l’image débute par le dessin, puis il évolue vite vers la photographie dès les années 1980.
- La transition : Déjà directeur artistique pour Chanel depuis 1983, il prend en main l’image de la marque et se met à la photographie pour contrôler l’esthétique de ses campagnes.
Ce passage du dessin à la photographie n’est pas anodin. Lagerfeld considère très tôt que l’image photographique possède une force narrative immédiate, complémentaire de la mode. En 1987, il signe lui-même sa première campagne Chanel. Ce déclic, il l’explique comme un besoin de « raconter l’histoire de la mode à travers son propre regard ». Ce geste, je l’ai retrouvé chez plusieurs créateurs rencontrés en backstage, où l’urgence de capturer l’instant impose sa propre esthétique.
Lagerfeld s’entoure vite des meilleurs assistants, s’initie au laboratoire, fait ses propres tirages argentiques. Il fréquente les studios, admire les grands portraitistes américains. Son œil se forme autant à la lumière naturelle qu’aux flashes, une dualité qui marquera tout son style photographique.
Sa passion pour l’image ne s’arrête pas aux frontières de la mode. Dès ses premiers essais, Lagerfeld photographie aussi des paysages urbains, des natures mortes et des objets, cherchant à explorer l’influence de la lumière sur toute matière. Il s’est dit inspiré par la photographie allemande du Bauhaus, notamment pour la rigueur graphique et la pureté des lignes. Cette curiosité, que je partage sur le terrain, l’a mené à se documenter sans relâche, collectionnant livres et tirages de photographes du XXe siècle pour nourrir son vocabulaire visuel.
En 1989, à l’occasion d’une collaboration avec la maison Chloé, Lagerfeld réalise une série de clichés où il mélange mannequins et sculptures antiques, brouillant les repères entre passé et présent. Ce goût du métissage des genres restera une constante dans sa carrière photographique. Il confiait en 1991 dans une interview à Vogue que « photographier, c’est créer des ponts entre ce que l’on imagine et ce que l’on voit ».
Jean-Marie Périer suivra d’ailleurs la même quête d’indépendance visuelle, tout comme Annie Leibovitz sur le marché américain.
Son style photographique et ses influences artistiques
- L’influence d’Irving Penn : Le minimalisme des décors, la frontalité des portraits, l’utilisation du gris mat, autant de signatures héritées du travail de Penn, dont Lagerfeld a collectionné les livres.
- Le goût du noir et blanc : Il privilégie le contraste, la lumière sculptée, le grain fin, hérités des grands portraitistes du XXe siècle.
Lagerfeld photographe développe une esthétique immédiatement reconnaissable. Le noir et blanc domine, proche d’un Richard Avedon ou d’Irving Penn, mais avec une touche plus baroque. Il aime les fonds neutres, les poses hiératiques, le regard direct. La photo de mode trouve sous son œil une théâtralité nouvelle, parfois glacée, parfois très intime.
Ses portraits sont parfois rapprochés au style de Helmut Newton, pour leur tension érotique contrôlée et leur composition millimétrée. Mais là où Newton joue la provocation, Lagerfeld installe un silence, presque un arrêt du temps. Il sélectionne ses modèles comme un directeur de casting, s’occupe du stylisme, choisit le décor — il orchestre tout, jusqu’au moindre détail.
On perçoit dans ses séries une influence du cinéma expressionniste allemand, avec un goût pour les ombres portées, les cadrages serrés, et une direction de lumière qui dramatise le sujet. Lagerfeld a dit un jour qu’il « photographiait les vêtements comme s’ils étaient des acteurs d’un film muet ». Cette approche narrative, héritée de la culture visuelle de l’Allemagne des années 30 et 40, irrigue tout son travail, du portrait aux séries conceptuelles.
Ce style s’est aussi enrichi au fil des décennies : dans les années 2000, Lagerfeld expérimente la couleur de façon ponctuelle, mais y revient toujours avec une volonté de stylisation extrême, en limitant la palette chromatique. On retrouve ce minimalisme coloré dans ses séries pour Fendi ou dans certains éditoriaux parus chez Harper’s Bazaar en 2014–2015.
Cette obsession du contrôle, je la comprends. Sur une scène de festival, il m’arrive de tout régler moi-même pour obtenir ce que j’ai en tête. Lagerfeld pense la photographie comme une extension de la direction artistique, fidèle à sa vision totale de l’image.
« La photo, c’est l’instant de vérité. Ce que la mode ne dit pas, une image peut le révéler. » – Karl Lagerfeld, 2015
Guide du noir et blanc pour approfondir cette esthétique.
Techniques et matériel de Karl Lagerfeld photographe
La technique, chez Lagerfeld, n’est jamais un gadget. Il utilise d’abord le Hasselblad argentique, puis adopte le numérique dès 2006, passant sur Phase One. Il teste aussi le Sinar 8×10 pour ses tirages monumentaux. L’éclairage est souvent doux, diffus, parfois très contrasté pour souligner les tissus ou la peau. En post-production, Lagerfeld reste minimaliste, retouchant à peine, préférant l’effet brut du tirage « Fine Art ».
J’ai souvent croisé cette exigence chez les photographes de mode, notamment en backstage de défilés où la rapidité oblige à réduire le matériel au strict nécessaire. Lagerfeld confiait ne pas aimer les équipes pléthoriques : chaque assistant doit anticiper ses besoins, chaque détail compte. Ce perfectionnisme rappelle les exigences des grandes scènes rock, où chaque lumière doit être maîtrisée.
Un autre aspect marquant de sa technique est sa gestion de la composition. Lagerfeld travaillait fréquemment au viseur carré du Hasselblad, cadrant ses modèles de façon frontale ou en plongée, pour accentuer la présence du vêtement et du visage. Il expliquait en 2013 lors d’une conférence à la BNF que « le format carré oblige à penser différemment, à aller à l’essentiel ». Cette rigueur, je la retrouve dans les contraintes imposées par certaines scènes de concert où chaque centimètre compte.
Dans les années 2010, il intègre de plus en plus souvent la capture tethered (prise de vue reliée à un ordinateur) pour contrôler en direct la qualité des images. Cette méthode, aujourd’hui incontournable en studio professionnel, permettait à Lagerfeld de valider chaque cliché et d’ajuster les lumières ou la pose instantanément. Ce workflow rapide et précis séduit les équipes éditoriales, car il limite retouches et réajustements en postproduction.
Voici un tableau récapitulatif de son matériel principal :
| Matériel | Utilisation chez Lagerfeld |
|---|---|
| Hasselblad 500CM/503CW | Portraits studio, campagnes Chanel (argentique) |
| Phase One XF | Séries couleur, catalogues mode (numérique) |
| Sinar 8×10 | Grandes expositions, tirages Fine Art |
| Objectifs Zeiss/Schneider | Précision optique, faible distorsion |
| Lumière continue Elinchrom / Profoto | Eclairage doux, contrôle du contraste |

Pour explorer la question du matériel sur scène, je renvoie à mon test de solutions professionnelles en concert.
Œuvres et expositions majeures
- Salon de la Photo 2011 : Lagerfeld est l’invité d’honneur et expose une rétrospective de ses séries majeures. L’événement attire plus de 45 000 visiteurs cette année-là.
- Pinacothèque 2016 : À Paris, il présente « Visions d’une époque », mélangeant mode, architecture et paysages, confirmant son statut d’artiste visuel complet.
Ses expositions sont pensées comme des installations, où la scénographie prolonge sa vision. Les tirages, souvent monumentaux, alternent entre portraits posés et compositions plus abstraites, parfois à la frontière de l’expérimentation. En 2025, on a vu plusieurs de ses séries intégrées à des collections privées aux États-Unis et au Japon, preuve de sa valeur grandissante sur le marché de la photographie d’art.
La force de Lagerfeld, c’est d’avoir imposé la photographie de mode dans les musées, longtemps réservés à la “photographie pure”. En cela, il rejoint des figures comme Newton ou Man Ray. Son accrochage joue sur les formats, souvent en série, pour accentuer la force narrative de chaque campagne.
En 2026, une exposition itinérante réunit à Berlin et Milan les séries « Daphnis et Chloé » et « Chanel Paris-Moscou », illustrant l’évolution du style Lagerfeld, entre classicisme et audace graphique. Les commissaires insistent sur la façon dont Lagerfeld repousse la frontière entre photographie commerciale et création artistique. Les tirages sont édités en très petits nombres, parfois seulement cinq exemplaires par image, ce qui fait flamber leur valeur chez les collectionneurs.
Son œuvre photographique a aussi été présentée dans des festivals internationaux comme Les Rencontres d’Arles, où sa série sur la Villa Malaparte a reçu en 2025 un accueil critique remarqué pour sa capacité à mêler architecture, lumière méditerranéenne et mode. J’étais sur place cette année-là pour couvrir d’autres expositions, et le contraste entre la froideur calculée des portraits de Lagerfeld et l’énergie brute des photos de scène rock m’a sauté aux yeux.

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Livres photo de Karl Lagerfeld : entre mode et art
- Big Nudes (1999) : Série de nus monumentaux, tirages argentiques, un hommage à la photographie allemande et à la tradition du portrait nu.
- Claudia Schiffer (2011) : Ouvrage monographique sur le top model, incluant des images inédites, éditions Steidl.
- La Petite Veste Noire (2012) : Projet collectif Chanel, 113 personnalités photographiées en veste noire, exposition itinérante dans 8 pays.
La production éditoriale de Lagerfeld est foisonnante. Il collabore étroitement avec l’éditeur Steidl, réputé pour la qualité de ses livres d’art. Chaque ouvrage est pensé comme un objet graphique, au même titre que ses vêtements ou ses décors de défilé. Les tirages sont parfois limités, recherchés par les collectionneurs dès leur sortie. En 2025, la cote de ses livres photo continue de grimper, certains titres dépassant les 550 euros sur le marché de l’occasion.
| Livre | Année | Spécificité |
|---|---|---|
| Big Nudes | 1999 | Nus noir et blanc, tirages géants |
| Claudia Schiffer | 2011 | Portraits, mode, backstage |
| La Petite Veste Noire | 2012 | Projet collaboratif, 113 modèles |
| Casa Malaparte | 2014 | Architecture, paysages méditerranéens |
| Chanel: The Karl Lagerfeld Campaigns | 2020 | Rétrospective mode, photographies de campagnes |

Plusieurs de ses livres sont aujourd’hui introuvables en neuf : l’édition originale de Big Nudes a été rééditée en 2025, mais les premiers tirages argentiques signés s’arrachent à prix d’or lors des ventes spécialisées à Londres ou Paris. Les catalogues d’exposition, eux aussi, deviennent objets de collection, en particulier ceux de la série « Parcours de Mode » éditée entre 2017 et 2022.
Lagerfeld a également initié des collaborations inédites, comme le livre Metamorphoses of an American (2017), où il photographie des artistes contemporains dans des mises en scène inspirées de la littérature classique. Cette dimension narrative et théâtrale, très présente dans ses ouvrages, distingue son travail éditorial de la simple documentation d’un univers de marque.
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L’héritage photographique de Karl Lagerfeld
« Lagerfeld a montré que la photographie de mode pouvait revendiquer le statut d’œuvre d’art, au même titre que le portrait classique. » — Extrait du catalogue Pinacothèque, 2016
Depuis sa disparition, la cote de ses tirages ne cesse d’augmenter. En 2025, une vente aux enchères à New York a adjugé un triptyque à 47 000 dollars, confirmant l’intérêt international pour son œuvre photographique. Les jeunes photographes de mode puisent dans son esthétique : cadrage serré, fond neutre, stylisme minimaliste. Le noir et blanc façon Lagerfeld est devenu une référence pour toute une génération qui voit la photographie comme un art total, où la mode dialogue avec le portrait.
Je retrouve cet héritage dans la nouvelle vague de la photographie d’art exposée en 2026 à Paris, où l’on sent l’influence de Lagerfeld sur la scénographie et la construction des séries. Son approche a aussi influencé les maisons d’édition, qui multiplient les beaux livres photo, et les musées qui ouvrent leurs murs à la photographie de mode.
En tant que photographe, je sais l’importance d’une telle empreinte : Lagerfeld a ouvert des portes, légitimé l’image de mode et inspiré un dialogue permanent entre art, design et photographie. En 2025, il a même été honoré à titre posthume par la Royal Photographic Society, une première pour un créateur de mode.
Son influence dépasse aujourd’hui le cadre de la mode et touche les pratiques photographiques contemporaines, du portrait corporate à la photographie de scène. De jeunes photographes intègrent sa rigueur dans leurs compositions, reprenant les codes du fond neutre et du regard direct pour renouveler le portrait d’entreprise ou l’affiche de concert. Cette transversalité, je l’observe chaque année lors de jurys professionnels, où le « style Lagerfeld » est cité comme référence d’élégance intemporelle.
En 2026, plusieurs galeries parisiennes organisent des rétrospectives croisant Lagerfeld et d’autres grands créateurs ayant pratiqué la photographie, comme Hedi Slimane ou Jeanloup Sieff. On mesure alors à quel point Lagerfeld a ouvert la voie à une génération de créateurs pluridisciplinaires, capables de passer de la mode à l’image sans rupture de style.
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FAQ Karl Lagerfeld photographe
- Quelle technique photographique caractérisait Karl Lagerfeld ?
Lagerfeld privilégiait le moyen format (Hasselblad, Phase One), la lumière douce et le noir et blanc. Il dirigeait ses séances de façon très orchestrée, avec une retouche minimale et un soin particulier du tirage « Fine Art ». - Quels livres de photographie a publiés Karl Lagerfeld ?
Parmi ses livres phares : Big Nudes, Claudia Schiffer, La Petite Veste Noire, Casa Malaparte et Chanel: The Karl Lagerfeld Campaigns. Ils sont publiés surtout chez Steidl, en éditions parfois limitées. - Quelles expositions photo notarient la carrière de Karl Lagerfeld ?
Ses expositions majeures incluent le Salon de la Photo 2011, la Pinacothèque 2016 à Paris, ainsi que des accrochages à Tokyo et New York en 2025. Ses séries font aujourd’hui partie de collections publiques et privées. - Karl Lagerfeld est-il influent dans la photographie contemporaine ?
Oui, son style a influencé la photographie de mode, l’édition de livres photo et la scénographie d’expositions. Son travail inspire de nombreux jeunes artistes en France et à l’international.
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Pour une analyse complète du style de Karl Lagerfeld photographe et des tendances actuelles, consultez aussi le catalogue officiel Steidl, référence mondiale en édition photo.
Ma pratique de terrain, des festivals comme Hellfest ou Download jusqu’aux coulisses de défilés, me permet de mesurer l’influence de Lagerfeld sur les photographes professionnels. Ce regard, allié à l’expertise validée par un TIFA Gold 2025 et un IPA 1st Prize 2025, m’oblige à replacer Lagerfeld parmi les grands bâtisseurs de l’image contemporaine. Si vous souhaitez en savoir plus sur les liens entre photographie de mode, art et musique, plongez dans mes collections noir et blanc ou explorez la galerie professionnelle.
